Intervenant lors de la journée de mémoire organisée ce mardi 27 janvier à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, le ministre congolais du Commerce extérieur et ancien gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahongya, a livré une lecture sans concession de la crise sécuritaire qui perdure dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Devant un parterre d’autorités et d’acteurs de la société civile, il a soutenu que l’occupation de certaines localités par les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda selon Kinshasa, ne peut être comprise uniquement sous l’angle militaire. Pour le gouvernement congolais, cette instabilité prolongée est étroitement liée à des intérêts économiques bien identifiés.
Dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes entre Kinshasa et Kigali, marqué par des accusations récurrentes d’ingérence, Julien Paluku a remis en cause l’argument sécuritaire avancé par le Rwanda, notamment la lutte contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Selon lui, cette justification masque des ambitions plus profondes liées à l’exploitation des ressources naturelles congolaises.
« Les véritables FDLR que poursuit Kigali, ce sont les minerais congolais », a-t-il déclaré, pointant du doigt ce qu’il considère comme une instrumentalisation du discours sécuritaire.
Cette prise de position met en relief le rôle central des minerais stratégiques dans les dynamiques de conflit à l’Est de la RDC.
L’or, le coltan et d’autres ressources continuent d’alimenter des circuits de trafic transfrontaliers, au détriment de l’économie nationale et de la stabilité régionale. Cette situation démontre que la persistance des violences armées est indissociable de la lutte pour le contrôle des zones minières.
Le ministre a également souligné que ces exploitations illicites profitent à des réseaux bien organisés, tandis que les populations locales en paient le prix fort à travers les déplacements forcés, la paupérisation et l’effondrement des activités économiques.
Il importe de rappeler que la question minière reste l’un des principaux leviers de la crise sécuritaire dans l’Est congolais.
Julien Paluku a, enfin, appelé la communauté internationale à dépasser les approches purement diplomatiques et à s’attaquer aux causes structurelles du conflit.
Il a plaidé pour un renforcement des mécanismes de traçabilité des minerais ainsi que pour des mesures dissuasives contre les acteurs impliqués dans leur exploitation illégale.
Cette déclaration intervient alors que la situation sécuritaire et humanitaire demeure préoccupante dans les provinces orientales de la RDC, ravivant le débat sur la responsabilité régionale et internationale dans la gestion des ressources naturelles congolaises.
Fabrice Mathe Kambale

