Les enseignants du territoire de Kungu, dans la province du Sud-Ubangi, vivent un moment inédit de soulagement et de satisfaction après avoir perçu leur salaire du mois de décembre sans aucun retard, une surprise depuis plusieurs années. Ce changement positif est attribué à la délocalisation de l’enveloppe salariale vers la COOPEC Bomengo, nouvel opérateur de paie officiellement en charge.
Longtemps marginalisés dans l’accès régulier à leur rémunération, les enseignants issus des neuf sous-divisions scolaires de Kungu entrevoient aujourd’hui un nouveau souffle. Dès les premiers jours du mois de janvier, la paie de décembre est déjà effective, alors que dans plusieurs autres territoires du Sud-Ubangi, les enseignants continuent de voir augmenter les arriérés allant jusqu’à deux voire trois mois, une situation devenue quasi chronique sous d’autres opérateurs de paie.
À peine désignée, COOPEC Bomengo a réalisé un travail remarquable en desservant les bénéficiaires quatre jours seulement après la clôture du mois, un exploit qualifié de « miracle » par de nombreux enseignants. Ceux-ci étaient jusque-là habitués à des délais de 60 à 90 jours, notamment sous la gestion de Caritas Budjala, dont les retards de paiement avaient souvent provoqué grèves à répétition, tensions sociales et perturbations scolaires.
« Nous sommes agréablement surpris. COOPEC nous a payé le mois de décembre alors que Caritas ne nous a même pas encore payé novembre. C’est un miracle inimaginable. Nous avions perdu notre dignité, vivant constamment à crédit. Aujourd’hui, nous respirons. Ce qui commence bien finit bien », a confié un enseignant visiblement ému à l’issue de la paie.
Cette satisfaction est également partagée par les responsables syndicaux. Emmanuel Bamolokola, président et porte-parole des enseignants de Kungu, connu pour ses prises de position fermes, a salué les avancées significatives observées avec le nouvel opérateur.
Parmi les points positifs relevés :
- Aucune retenue sur le salaire, les frais de transport et de sécurité étant entièrement pris en charge par la COOPEC ;
- Augmentation des sites de paie, passés de 5 à 8, afin de rapprocher les enseignants et limiter les longues distances souvent parcourues au détriment des activités pédagogiques ;
- Versement intégral de l’enveloppe salariale, incluant primes et frais de fonctionnement ;
- Respect du caractère socio-alimentaire du salaire, avec un paiement sans retard.
Tout en exprimant sa satisfaction, le syndicaliste a tenu à lancer un message de vigilance :
« Nous espérons que COOPEC maintiendra cette dynamique positive comme ailleurs. En cas de mauvaise conduite, nous n’hésiterons pas à dénoncer, comme nous l’avions fait avec Caritas », a-t-il averti.
Sur le terrain, une forte délégation de la COOPEC Bomengo, sous la supervision territoriale de Jean-Pierre Makomo, est à pied d’œuvre pour garantir le bon déroulement des opérations. À moyen et long terme, la coopérative envisage la mise en place de comptes d’épargne et de crédit personnalisés, permettant aux enseignants de financer leurs projets personnels et professionnels malgré la modestie de leur rémunération.
À Kungu, cette nouvelle dynamique redonne espoir à ces chevaliers de la craie, longtemps éprouvés par les retards de paiement, et pourrait marquer un tournant durable dans la gestion salariale du secteur éducatif local.
Nestard ESSELE

