C’est à cause de ce type de conseils, largement diffusés sur les réseaux sociaux, que de nombreuses femmes se retrouvent aujourd’hui dans un célibat prolongé.
En République démocratique du Congo, il convient de rappeler une réalité souvent occultée : il n’existe pas de profession légalement reconnue appelée « influenceuse ».
Les professions officiellement établies et structurées dans le pays demeurent, entre autres, celles d’avocat, de médecin, d’enseignant, de concepteur de système d'information ou de professeur, qui reposent sur une formation, une éthique et une utilité sociale clairement définies.
Le débat a été ravivé par une publication diffusée le 14 janvier 2025 sur le compte TikTok Queencek243. Dans cette sortie, l’auteure affirme préférer ne jamais rencontrer un homme qui n’aurait pas les moyens financiers nécessaires pour construire une vie à deux.
Elle soutient également qu’aujourd’hui, les femmes doivent éviter de dire « c’est mon homme de souffrance », estimant que fréquenter un homme pauvre comporte le risque d’être négligée une fois que celui-ci accède à la réussite financière. D’où, selon elle, la préférence assumée pour un homme déjà financièrement stable.
Ces propos s’inscrivent dans un contexte plus large marqué par la montée en puissance des influenceurs sur les réseaux sociaux en République démocratique du Congo.
Présentée comme une “profession” moderne et enviable, l’influence est souvent vendue comme un raccourci vers la célébrité, le luxe et la réussite rapide. En réalité, il ne s’agit ni d’un métier structuré, ni d’une voie durable pour la majorité de ceux qui s’y engagent.
Sous couvert de motivation et d’émancipation, certains influenceurs nourrissent chez de nombreuses jeunes filles l’illusion qu’il suffirait d’être visible, suivie ou désirée pour devenir une “star”. Cette promesse creuse détourne progressivement une partie de la jeunesse féminine des valeurs fondamentales de formation, de responsabilité et de construction personnelle.
Or, dans la réalité sociale, les hommes qui aspirent à bâtir un foyer recherchent avant tout des femmes capables d’éduquer les enfants, de transmettre des valeurs, de gérer un ménage et de contribuer moralement et intellectuellement à la stabilité familiale. Ils ne cherchent pas des “influenceuses dans les maisons”, mais des épouses conscientes de leur rôle dans la société.
Cette fracture entre le rêve vendu en ligne et les exigences concrètes de la vie conjugale crée un profond malentendu. Elle alimente frustrations, désillusions et incompréhensions, tant chez les femmes que chez les hommes. Plus encore, elle instaure une hiérarchisation artificielle où la visibilité numérique tend à primer sur la compétence, la sagesse et l’éducation.
Nos mères, pour la plupart, n’ont pas grandi dans cette logique de mise en scène permanente. Elles ont bâti des familles, soutenu des foyers et élevé des générations sans rechercher la validation d’un public virtuel.
Leur valeur se mesurait à leur capacité à tenir une maison, à transmettre l’éducation et à accompagner leurs époux dans l’adversité comme dans l’abondance.
La question mérite donc d’être posée sans complaisance : dans 10, 20 ou 30 ans, quelle société sommes-nous en train de préparer ? Une société d’images, de likes et d’illusions, ou une société de femmes et d’hommes responsables, conscients de leur rôle et capables de bâtir durablement ?
Il ne s’agit pas de nier l’évolution du monde numérique ni de diaboliser l’usage des réseaux sociaux. Cependant, ériger l’influence en idéal féminin dominant, sans encadrement ni vision éducative, revient à fragiliser les fondations mêmes de la famille et, par extension, celles de la nation.
La modernité ne devrait pas consister à abandonner nos repères, mais à les adapter avec intelligence.
Le véritable progrès réside dans l’équilibre entre ambition personnelle, responsabilité sociale et transmission des valeurs. Sans cela, les rêves vendus aujourd’hui risquent de produire, demain, une génération profondément désorientée.
Notons que, bien entendu, il existe des créateurs de contenu responsables, engagés dans la promotion de l’éducation, de l’entrepreneuriat et des valeurs positives. Cependant, ils demeurent minoritaires face aux dérives observées sur les réseaux sociaux.
Abdoul Madjid Koyakele

