La récente promotion du Général Aimé Mbiato Konzoli au grade de Général-Major par le Président de la République et Commandant suprême des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, intervenue en octobre 2022, constitue un acte fort de reconnaissance du mérite, de la compétence et de la loyauté au sein de l’armée congolaise.
Toutefois, au-delà de cette élévation hiérarchique pleinement méritée, cette promotion relance un débat de fond au sein de l’opinion nationale : celui de l’utilisation stratégique des compétences militaires dans un contexte où l’intégrité territoriale de la RDC demeure gravement menacée.
La République démocratique du Congo traverse l’une des périodes sécuritaires les plus critiques de son histoire. Les agressions répétées, les rébellions armées soutenues de l’extérieur, les infiltrations et certaines formes de trahison interne fragilisent l’État et exposent la Nation à un risque existentiel.
Face à cette réalité, de nombreux Congolais estiment que la survie d’un pays ne peut reposer ni sur des calculs politiques, ni sur des équilibres circonstanciels, mais exclusivement sur des choix fondés sur la compétence, l’expérience, la bravoure, le patriotisme et la loyauté à la République.
Né le 12 septembre 1964 à Mobayi-Mbongo, dans l’actuelle province du Nord-Ubangi, le Général Aimé Mbiato Konzoli incarne le profil même de l’officier de carrière formé dans la rigueur, la discipline et la constance.
Incorporé au sein des forces armées en avril 1986, à l’époque du feu Maréchal Mobutu, il gravit méthodiquement tous les échelons de la hiérarchie militaire, du grade de sergent jusqu’à celui de Général-Major, au terme de près de quatre décennies de service ininterrompu au sein de l’armée congolaise.
Son parcours académique et opérationnel témoigne d’une expertise militaire solide et reconnue:
Formé à l’École d’artillerie et à l’École de guerre en République arabe d’Égypte, il est un spécialiste avéré de l’artillerie et de l’infanterie, deux composantes essentielles dans la conduite des opérations militaires modernes.
Il a successivement commandé des batteries de mortiers lourds, dirigé des bataillons, assumé des responsabilités de brigade et occupé des fonctions stratégiques au sein des structures opérationnelles et de commandement des FARDC.
Ses compétences ne se sont pas limitées au champ de bataille. Le Général Aimé Mbiato Konzoli a également été un acteur clé des mécanismes de reconstruction et de stabilisation de l’armée nationale, notamment à travers son implication dans la Structure Militaire d’Intégration (SMI), à un moment crucial de l’histoire post-conflit de la RDC.
De l'année 2007 à 2014, il occupe le poste stratégique de Chef d’état-Major adjoint de la Force terrestre, pilier opérationnel des FARDC.
Il est ensuite nommé Commandant général en second des Écoles militaires, où il contribue à la formation et à l’encadrement de plusieurs générations d’officiers congolais.
Entre 2018 et 2021, il intervient comme Conseiller en charge de l’instruction et de la formation à l’Inspection générale des armées, avant d’être nommé Conseiller Défense et Sécurité du ministre de la Défense nationale.
En octobre 2021, il accède à la fonction hautement stratégique de Directeur de Cabinet du ministre de la Défense, poste qui exige une parfaite maîtrise des enjeux militaires, sécuritaires et institutionnels. Ce parcours fait de lui un officier général complet, à la fois opérationnel, stratège, formateur et gestionnaire de haut niveau.
Pourtant, malgré l’existence d’officiers généraux compétents et expérimentés issus de l’espace Grand Équateur, aucun d’entre eux n’occupe à ce jour un poste stratégique majeur au sein de la chaîne de commandement des FARDC. C'est-à-dire, aucune Zone de défense, aucune Région militaire, ni la Maison militaire du Chef de l’État, ni même l’État-Major Général ne sont confiés à des officiers provenant de cette partie du pays. Ce constat interpelle et mérite une réflexion nationale sérieuse.
Notons ici présent qu'Il ne s’agit nullement d’un plaidoyer tribaliste ou régionaliste. La défense nationale ne saurait être l’otage ni l’apanage des appartenances ethniques ou provinciales. C'est plutôt un appel à l’équilibre républicain, à la méritocratie et à l’efficacité stratégique.
En effet, l'histoire militaire de la RDC démontre pourtant que l’espace Grand Équateur a produit des officiers de grande renommée, reconnus pour leur loyauté et leur sens élevé de l’État.
Des figures telles que le Général-Major Mbuza Mabe, le Lieutenant-Général Mayele, le Général-Major Mosala, le Général d’Armée Baramoto Kpama, le Général Nzimbi, le Général Dieu-Gentil Alengbia Nyitetessya dit Nzambé, ou encore le Général de Brigade à titre posthume Mamadou Ndala, héros national tombé sur le champ d’honneur.
Ont marqué l’armée congolaise par leur engagement sans faille pour la défense de l’intégrité territoriale.
Aujourd’hui, alors que la RDC fait face à des menaces multiples et persistantes, la marginalisation de compétences avérées pour des raisons de calculs internes, de rivalités personnelles ou de mauvaise foi affaiblit dangereusement l’outil de défense nationale.
Cependant, certaines dérives observées au sein de la haute hiérarchie militaire, où des intérêts individuels prennent parfois le pas sur l’intérêt supérieur de la Nation, nourrissant un sentiment de frustration et de perte de confiance au sein de la population.
La République démocratique du Congo ne manque pas de généraux. Elle a surtout besoin de généraux patriotes, loyaux et engagés exclusivement au service de la Nation, capables de défendre la souveraineté nationale sans compromission. C'est pourquoi, dans cette perspective, revisiter le cursus et l’expertise d’officiers généraux éprouvés comme le Général Aimé Mbiato Konzoli apparaît non seulement légitime, mais nécessaire.
Confier un poste stratégique de commandement opérationnel à un général issu de l’espace Grand Équateur ne serait ni une faveur, ni une concession politique. Ce serait un choix stratégique conforme à l’intérêt supérieur de la République et à l’esprit d’une armée véritablement nationale, professionnelle et représentative.
Il sied de rappeler que, la sauvegarde de l’intégrité territoriale de la RDC exige des décisions courageuses, lucides et inclusives. Elle exige une armée forte, équilibrée et débarrassée des calculs internes qui minent son efficacité. Notons ici présent que, cet officier Général des FARDC illustré incarne cette génération des officiers capables de servir la République avec honneur, loyauté, bravoure et détermination.
Par la chute, l'histoire jugera les choix faits aujourd’hui. Mais la Nation, elle, attend.
Abdoul Madjid Koyakele

