Alors que les résultats des élections sénatoriales et provinciales viennent d’être publiés, l’heure est aux réactions. Félicitations d’un côté, recommandations de l’autre. Dans ce climat d’attente mêlé de scepticisme, Maître Michel MPANZU TENE livre une analyse lucide et des conseils concrets pour sortir le Nord-Ubangi de l’impasse.
1. Un bilan accablant : la province face à ses propres démons
La province du Nord-Ubangi traverse une crise de gouvernance chronique. Deux causes majeures se détachent : un leadership provincial défaillant et un désengagement préoccupant du Gouvernement central.
2. Leadership en panne : une autorité sans cap
Depuis des années, la gouvernance provinciale se heurte à un manque de vision et de charisme.
Les problèmes structurels s’accumulent :
- Absence de réunions régulières du Conseil des ministres ;
- Lourdeur administrative causée par le clientélisme, le tribalisme et le népotisme ;
- Aucune culture de la redevabilité, faute d’évaluation des ministres et conseillers ;
- Rupture de communication avec les chefs de division, pourtant essentiels à la mise en œuvre des politiques ;
- Mobilisation fiscale faible, aggravée par la mauvaise gestion et le mépris envers les agents de la DGRNUB ;
- Tolérance généralisée des antivaleurs, sans sanctions.
La province a besoin d’un leadership éclairé : un dirigeant capable non seulement de décider, mais aussi d’écouter, de rassembler, et surtout de rompre avec les pratiques qui freinent son envol.
3. Un gouvernement central aux abonnés absents
La décentralisation, promise comme un levier de développement, s’enlise dans l’inefficacité.
Malgré les garanties constitutionnelles – comme l’article 175 qui prévoit une rétrocession de 40 % des recettes nationales aux provinces – la réalité est tout autre : retards abyssaux, non-respect des textes, et silence institutionnel.
Le Nord-Ubangi cumule aujourd’hui 38 mois d’arriérés. Les routes nationales sont laissées à l’abandon, plus de 15 000 fonctionnaires vivent sans salaires ni primes, et la majorité des services publics manquent d’infrastructures et de frais de fonctionnement.
Dans ce contexte, les gouverneurs sont réduits à quémander à Kinshasa, multipliant les voyages sans résultat concret. Au lieu de démissionner avec dignité, certains préfèrent couvrir les défaillances de l’exécutif national dans l’espoir d’un retour de faveur. Un choix souvent fait au détriment de la base électorale qui les a portés.
4. Des pistes pour l’avenir : entre volonté et rupture
Pour espérer un sursaut, il est urgent de changer les méthodes, les mentalités et les hommes. Voici quelques recommandations fortes :
- Institutionnaliser la tenue des Conseils des ministres pour assurer une coordination efficace ;
- Renforcer le dialogue avec les chefs de division et services techniques ;
- Nommer les membres du gouvernement et des cabinets sur concours, selon le mérite ;
- Mettre en place un mécanisme d’évaluation régulière des ministres et conseillers ;
- Valoriser la DGRNUB, tant sur le plan des moyens que du respect de son personnel ;
- Sanctionner fermement les antivaleurs, en particulier dans le cabinet du gouverneur et les régies financières ;
- Organiser des dialogues citoyens et interinstitutionnels pour dégager un consensus sur les blocages majeurs : rétrocessions, infrastructures, développement local.
5. Une province peut renaître
Les défis sont énormes, mais pas insurmontables.
Il suffit d’une volonté politique réelle, d’un peu de courage et d’une rupture claire avec le passé.
"Rien n’est impossible à celui qui croit", dit la Bible.
"Vouloir, c’est pouvoir", dit-on.
Que Dieu bénisse notre province !
Que Dieu vous bénisse tous !
Maître Michel MPANZU TENE
Journaliste et avocat au Barreau près la Cour d’appel du Nord-Ubangi

