Kinshasa, le 15 décembre 2025, depuis près de trente ans, l’est de la République démocratique du Congo reste le théâtre d’un conflit armé aux conséquences humaines et territoriales lourdes.
Malgré les initiatives diplomatiques successives, dont les récents accords de Washington et de Doha, les violences persistent, notamment avec la progression du mouvement AFC/M23, soutenu par le Rwanda selon Kinshasa et plusieurs rapports internationaux.
Face à cet enlisement, des voix influentes du paysage politique congolais remettent ouvertement en cause l’efficacité de la diplomatie et plaident pour une réponse militaire assumée.
Dans l’opinion publique congolaise, la question revient avec insistance :
comment mettre fin durablement à une guerre qui a causé des dizaines de milliers de morts, déplacé des millions de civils et fragilisé l’intégrité territoriale du pays ?
Pour certains leaders politiques, la réponse se trouve moins dans les négociations que dans l’histoire politique et militaire du pays.
L’ancien président Mobutu Sese Seko est régulièrement cité dans ce débat. Une de ses déclarations, restée célèbre, refait surface dans le discours de nombreux Congolais :
« La lutte politique est une bêtise. Seule la lutte armée libère. On ne peut pas reprendre par négociation ce que l’ennemi a pris par force. »
Ces propos, prononcés dans un autre contexte historique, sont aujourd’hui invoqués par ceux qui estiment que la diplomatie a atteint ses limites face à Kigali.
Même tonalité chez Justin Bitakwira, député national élu d’Uvira, une zone directement affectée par les récents affrontements. À plusieurs reprises, il a dénoncé ce qu’il qualifie de complaisance stratégique vis-à-vis du Rwanda :
« Ce n’est pas en flattant l’ennemi que vous allez dormir. La seule solution pour vivre en paix dans notre pays, c’est de frapper fort et d’assumer la guerre face au Rwanda. »
L’ancien Premier ministre Adolphe Muzito partage également ce scepticisme vis-à-vis des processus diplomatiques en cours.
Pour lui, les accords signés sous médiation internationale ne changent pas la réalité du terrain.
« Après la signature de l’accord à Washington, qu’est-ce qui a réellement changé ?
La guerre s’est-elle arrêtée ?
Le Rwanda n’a jamais caché qu’il défendrait ses intérêts, peu importe la pression internationale », affirme-t-il.
Adolphe Muzito souligne aussi ce qu’il considère comme un déséquilibre dans le jeu des alliances régionales :
« Le Rwanda se bat avec des alliés clairement identifiés. De notre côté, beaucoup de ceux que nous appelons alliés ne le sont pas réellement.
Dans le passé, le Zimbabwe a été l’un des rares soutiens militaires fiables du Congo. »
Ces prises de position traduisent une lassitude croissante au sein d’une partie de la classe politique et de la population congolaise, convaincue que la diplomatie seule ne suffit plus à contenir l’avancée des groupes armés dans l’est du pays.
Elles interviennent dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu, marqué par la chute d’Uvira et la crainte d’une extension du conflit vers d’autres zones stratégiques du Sud-Kivu, du Tanganyika et du Katanga.
Pour l’instant, les autorités congolaises continuent de privilégier la voie diplomatique tout en appelant à des sanctions internationales renforcées contre Kigali.
Mais sur le terrain politique et dans l’opinion, le débat s’intensifie : faut-il persévérer dans les négociations ou assumer une confrontation militaire directe pour tenter de rétablir durablement la paix et la souveraineté de la RDC ?
Souleymane Nvenimbi

